Monsieur le juge W. Ian Binnie de la Cour suprême du Canada a été nommé au poste de commissaire de la Commission internationale de juristes, à Genève, par le comité exécutif de la CIJ et a été élu par la Commission le 30 avril. Il entre en fonction immédiatement et exercera son mandat de commissaire pendant cinq ans.
La Commission regroupe soixante juristes renommés originaires du monde entier, ayant tous mis leurs compétences au service de la promotion de la primauté du droit, de lindépendance du barreau et de la magistrature ainsi que de la défense des droits de la personne. En plus de constituer lorgane dirigeant de la CIJ, les commissaires participent souvent à des missions denquête et dobservation et représentent la CIJ sur la scène internationale.
En ce qui concerne sa nomination, le juge Binnie a souligné que son élection reflète plus que tout la reconnaissance par le Secrétariat général à Genève de la contribution très active de la Section canadienne au travail accompli partout dans le monde par la CIJ, surtout sous les récentes présidences de la juge Michèle Rivet et du professeur Ed Ratushny. Il a déclaré : « De toute évidence, Genève espère que lengagement profond des Canadiens et Canadiennes va se poursuivre. Ma priorité sera de maintenir les liens étroits que notre collègue la juge Claire lHeureux-Dubé a forgés entre Genève et le Canada et à massurer que la voix du Canada continuera à se faire entendre là où elle peut se révéler la plus utile. »
La réaction du président Ed Ratushny à la nomination du juge Binnie a été immédiate et enthousiaste. « La CIJ - Section canadienne est fière de la sélection du juge Binnie, a affirmé le professeur Ratushny. Chaque fois que lon sadresse à lui, il trouve toujours le temps de participer à notre travail et, dans ce contexte international, sa contribution ne pourra que saccroître. Son expérience sur la scène internationale sétend de conseiller juridique auprès du trésorier de la Tanzanie, au début des années soixante-dix, à son rôle de conseiller à la Cour internationale de justice et à la Cour internationale darbitrage plus tard durant sa carrière. Je sais que nos 600 membres, y compris ses huit collègues à la Cour suprême, voudront se joindre à moi pour lui souhaiter tout le succès possible dans ce nouveau rôle. »
Lhonorable Claire LHeureux-Dubé, qui a été présidente internationale de la CIJ de 1998 à 2002, a récemment terminé son troisième mandat consécutif comme commissaire. « Je suis absolument ravie que mon ex-collègue, le juge Ian Binnie, ait été choisi pour me remplacer comme commissaire, a-t-elle dit. Ses vastes connaissances et son énergie constitueront en effet un apport précieux au travail de la Commission. Je lui offre mes plus sincères félicitations et mes meilleurs vux et je souhaite que son mandat soit productif. » La nomination du juge Binnie signifie que le Canada a toujours été représenté au sein de la Commission depuis 1988.
Lettre de la rédactrice
Pat Whiting
Chers membres de la CIJ Canada,
En six ans et demi au sein de la CIJ du Canada, jai eu limmense plaisir de voir cette petite et énergique organisation de 400 membres devenir une communauté encore plus importante, de près de 600 membres à présent, encore plus dynamique et dévouée à sa cause. Nos membres comptent parmi les plus éminents juristes au Canada, la CIJ regroupe en effet les plus distingués juges, avocats, avocates, professeures et professeurs de droit et un nombre croissant de jeunes juristes et détudiants, détudiantes en droit, tous et toutes unis par la croyance commune en la primauté de la règle de droit. Ils et elles sont également convaincus que limpartialité et lindépendance de la magistrature sont plus importantes et nécessaires que jamais dans ce monde en perpétuelle évolution, en cette période de précarité.
Depuis ses débuts en 1958, la Section canadienne a collaboré avec le bureau central de la CIJ situé à Genève, en déléguant fréquemment des représentantes et représentants canadiens à des missions de la CIJ pour aider au respect de la règle de droit à létranger et à des missions dobservation de procès à létranger. Sous la présidence de la juge Michèle Rivet, la CIJ Canada a entrepris son premier projet international financé par lACDI dans lancienne Yougoslavie, lequel fut suivi par un projet analogue en Croatie. Un projet régional plus ambitieux regroupant cinq pays de lEurope du sud-est est actuellement en cours. Lobjectif du président Ratushny consistait à renforcer et élargir nos relations avec Genève et à augmenter les activités entreprises par la CIJ au Canada. Dans ce bulletin, vous trouverez plusieurs articles qui témoignent de cette réussite.
Dans le cadre de linitiative visant à améliorer les communications entre les membres de la CIJ et le bureau à Ottawa, nous sommes en train de réactualiser le bulletin et notre site Web (www.icjcanada.org). Ce nouveau « look » continuera dévoluer au cours des prochains mois et vous êtes invités à nous faire part de vos commentaires et suggestions. Entre-temps, nous saisissons loccasion de vous annoncer les changements à venir en imprimant ce bulletin dans le format que nous avons décidé dadopter.
Vous trouverez joint à ce bulletin lordre du jour de notre réunion annuelle en août et un exemplaire des révisions aux règlements de la CIJ que nous proposerons à cette occasion. Nous espérons vous voir en grand nombre à Montréal et vous invitons à rester pour le buffet que le cabinet Ogilvy Renault a la générosité doffrir. Pour ma part, jattends avec impatience le moment de pouvoir mettre enfin des visages sur les noms qui, au cours de ces six années, sont devenus aussi familiers que des amis.
Pat Whiting
Directrice exécutive
Mme la juge Louise Arbour sadresse aux membres de la CIJ dOttawa
LHonorable Louise Arbour, de la Cour suprême du Canada, sest adressée à une soixantaine de personnes présentes lors dune réunion des membres, à Ottawa, de la CIJ Canada, le 5 novembre 2002. Cette réunion avait été organisée par le professeur Errol Mendes et le président de la CIJ Canada, Ed Ratushny, et offerte par Eugene Meehan, c.r., et Lang Michener. Le professeur Ratushny a souhaité la bienvenue aux nouveaux membres de la CIJ recrutés au sein de la population estudiantine de la Faculté de droit dOttawa et M. Meehan a, en sa qualité de conférencier invité, livré un exposé des plus brillants.
Lallocution de Mme la juge Arbour portait essentiellement
sur les problèmes entourant le Tribunal pénal international,
lequel a été ratifié par 81 États
et entrera normalement en fonction au début de lan
2003. La première tâche du TPI, selon la juge Arbour,
consiste à établir sa crédibilité
en réglant les problèmes soulevés par les
États-Unis et dautres pays. Elle a insisté
sur le fait que les précédents
sur lesquels se fonderont les activités futures du TPI,
soit les procédures passées et présentes
des tribunaux ad hoc sur les crimes de guerre pour lancienne
Yougoslavie et le Rwanda, nétaient pas des «
exécutions » mais bien dauthentiques procédures
judiciaires menées en respectant tous les principes de
la règle de droit.
Après dix années dexistence, le temps est venu, selon Mme Arbour, pour le TPI datteindre la maturité et il est désormais confronté à un défi en trois volets : définir son pouvoir discrétionnaire en matière de poursuite, fixer ses modes de fonctionnement et résoudre les questions reliées aux conflits de compétence. Madame la juge Arbour a analysé en profondeur chacun de ces défis, puis a accepté de répondre aux questions de lauditoire.
Le professeur Mendes a entamé la discussion en posant une question sur la stratégie réussie de Mme Arbour consistant à sceller les mises en accusation visant les criminels de guerre les plus recherchés dans les Balkans et au Rwanda; il a ensuite ouvert la discussion générale pour lensemble de lauditoire. Les questions judicieuses posées par les participantes et participants portaient sur les récentes tentatives des É.-U. visant à limiter le recours au TPI en signant des accords bilatéraux avec des États membres et sur les relations de tribunaux comme le TPI avec les Commissions de vérité et de conciliation du TPI. Mme la juge Arbour a reçu des remerciements de Juliet Knapton, étudiante à la Faculté de droit dOttawa, pour son exposé enrichissant et pour ses réponses aux questions de lauditoire.
La réunion a été filmée par la CPAC (Chaîne parlementaire par câble) et une copie sera mise à la disposition des communautés de la CIJ, par le biais de la directrice exécutive, Pat Whiting.
La CIJ Canada tient à exprimer sa reconnaissance à Eugene Meehan et au groupe Lang Michener de la Cour suprême pour avoir organisé cet événement spécial et avoir si généreusement offert la réception qui a suivi.
Daniel Gervais : le fer de lance de linitiative concernant les facultés de droit
Le professeur Daniel Gervais de la faculté de droit de lUniversité dOttawa, qui est responsable de leffort de la CIJ - Section canadienne en vue de promouvoir la CIJ auprès des facultés de droits et des étudiants et étudiantes, signale que la CIJ a identifié une personne ressource dans presque toutes les facultés de droit au Canada. Ces personnes ressources, dont les noms et les coordonnées seront affichées sur le site Web plus tard cet été, seront invitées à organiser un événement sur la CIJ au cours de lannée scolaire qui réunira des juges, des avocats, des avocates et des professeurs, professeures membres de la CIJ ainsi que des étudiants et étudiantes en droit. « Tous les étudiants et étudiantes en droit au Canada devraient avoir la possibilité de se renseigner sur la CIJ et sur ses objectifs fondamentaux dans le cadre de leurs études, déclare M. Gervais, et lidentification dune personne ressource qui sera chargée de diffuser cette information dans chaque faculté de droit au Canada constitue le meilleur moyen datteindre cet objectif. »
Lévénement organisé en novembre dernier par le professeur Errol Mendes à la faculté de droit de lUniversité dOttawa constitue un excellent modèle. À cette occasion, une cinquantaine de membres locaux ont assisté à une allocution prononcée à Ottawa par la juge de la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, qui a été suivie dune discussion animée et dune réception offerte généreusement par Eugene Meehan et par le cabinet judiciaire Lang Michener.
Selon la directrice exécutive, le Dr Pat Whiting, la CIJ - Section canadienne - désirait depuis longtemps enseigner aux futurs avocats et avocates qui nont pas encore terminé leurs études. « Enfin, nous avons une stratégie nationale et une personne ayant limportance de Daniel qui est prête à assumer la réalisation de cette stratégie. De nombreux étudiants en droit souhaitent ardemment contribuer à promouvoir la primauté du droit, lindépendance judiciaire et les droits de la personne, mais il leur faut un véhicule pour poursuivre cet objectif alors quils sapprêtent à entreprendre une vie professionnelle exigeante. La CIJ - Section canadienne - constitue pour eux ce véhicule. »
Don de la part de la Fondation
Paul A. Fournier à la CIJ Canada
La Fondation Paul A. Fournier vient de verser à la CIJ
Canada un don très généreux. Ce don a été
alloué par lentremise de lhonorable juge Pierre-Claude
Fournier, de la Cour supérieure de Sherbrooke (Québec).
La Fondation est le legs de Paul A. Fournier, magnat de limmobilier
très prospère et propriétaire dune
usine de téléphériques, décédé
en 1995, qui a légué à la Fondation la majorité
de son patrimoine. La Fondation Paul A. Fournier alloue des fonds
afin
daider un large éventail de groupes
et dorganisations dont les activités se concentrent
sur la recherche médicale, les arts, léducation
et les services à la communauté. La Fondation a
notamment contribué à lutter contre la faim dans
le monde et à défendre la cause des femmes battues
au Canada.
Le juge Pierre-Claude Fournier, le neveu de Paul A. Fournier, est ladministrateur et gouverneur de la Fondation, lune des nombreuses organisations caritatives pour lesquelles il manifeste son intérêt et sa générosité. Parmi les autres organisations quil appuie, citons la Fondation J.-Armand Bombardier, les fondations de lUniversité de Sherbrooke, les fondations du centre hospitalier de lUniversité de Sherbrooke et Centraide.
À la fin de ses études de droit à lUniversité McGill (LL.B.) et à Harvard (Maîtrise en droit), le juge Fournier a fondé le cabinet juridique Fournier, Delorme où il exerçait jusquà sa nomination à la Cour supérieure du Québec en 1994.
Nous sommes infiniment reconnaissants au juge Fournier pour sa générosité et sa volonté dappuyer les activités et les objectifs de la CIJ.
Assemblée annuelle de 2003 à Montréal
La Commission internationale de juristes tiendra son assemblée annuelle le lundi 18 août 2003, au Palais des congrès, à Montréal. La séance de travail qui débutera à 10 h 30, dans la salle 516D, et se poursuivra environ jusquà 12 h 15 inclura la présentation des rapports dun certain nombre de membres ainsi quune allocution présentée par le récipiendaire du prix des droits de la personne de lhonorable Walter S. Tarnopolsky pour 2003.
La séance de travail sera immédiatement suivie dun buffet-lunch offert par le cabinet judiciaire Ogilvy Renault. Deux distingués membres de ce cabinet, soit Yves Fortier et Bernard Roy, font partie de notre conseil et appuient depuis longtemps la CIJ - Section canadienne.
La troisième assemblée annuelle conjointe de la
CIJ - Section canadienne - et le Forum des juges canadiens se
dérouleront de 15 h 15 à 16 h 45 dans la salle 518.
Le sujet de discussion dun panel de distingués juristes
sera « The Complacent Silence of the World of Justice: A
Duty to Speak Out
for Judges and Lawyers - Le silence complaisant des juristes :
liberté dexpression ou devoir dexpression?
». Le panel, présidé par lhonorable
Michel Robert, juge en chef du Québec, comprendra également
lhonorable Michel Bastarache, de la Cour suprême du
Canada, Thomas Berger, O.C., c.r., lhonorable Mary Ellen
Turpel-Lafond, Cour provinciale de la Saskatchewan, et Sophie
Bourque, Hébert Bourque & Downs. La présentation
véritable du prix Tarnopolsky se fera à cette assemblée.
Lordre du jour complet de lassemblée annuelle, y compris les amendements quil est proposé dapporter aux règlements, accompagne le présent bulletin.
Nomination de David Aaron au poste de correspondent
David Aaron a récemment été nommé correspondant de la Commission internationale de juristes - Section canadienne - par le président Ed Ratushny, c.r.
« Nous avons très souvent la possibilité de protester contre les atteintes à lindépendance judiciaire et à la primauté du droit, mais la rédaction dune correspondance influente dans les termes appropriés est une tâche exigeante, déclare Ed Ratushny. Ces lettres doivent attester la compréhension véritable des événements et des situations dont nous faisons la critique. Je suis heureux que David Aaron ait assumé ce rôle pour nous, et il jouit de lappui à part entière de son cabinet juridique, Shortt, Moore & Arsenault. »
Lenthousiasme quaffiche M. Aaron à lendroit de ce rôle au sein de la CIJ - Section canadienne - montre le point de vue mondial que lui ont donné les trois années quil a passées dans certaines régions en développement de lAsie, de lAfrique et du Moyen-Orient avant de faire ses études en droit. « Le fait de travailler avec Ed à lautre extrémité du pays dans le but de régler des problèmes à létranger me rappelle lenvergure planétaire inhérente à notre profession en ce qui concerne la justice. » Après avoir étudié une situation préoccupante et avoir adopté le libellé qui convient, M. Aaron demande lapprobation définitive du président Ratushny avant de signer la lettre et de lexpédier au nom de la CIJ - Section canadienne.
Zimbabwe
La nécessité dune intervention urgente dans
la fausse arrestation de lancien juge de la Haute Cour au
Zimbabwe, Fergus Blackie, a incité M. Aaron à transmettre
les préoccupations de la CIJ - Section canadienne - au
ministre des Affaires étrangères, Bill Graham. Au
nom de la CIJ - Section canadienne, M. Aaron déclarait
:
Dans la société canadienne, lindépendance judiciaire et la primauté du droit constituent des piliers indispensables de la justice et de la démocratie; par conséquent, le gouvernement du Canada se doit de protester ouvertement contre la série de violations perpétrées par le gouvernement du Zimbabwe contre les magistrats et les avocats. Le tissu même dune société ordonnée en dépend - au Zimbabwe comme ailleurs dans le monde. [ Traduction ]
...et M. Graham de répondre :
Soyez assuré que nous accordons la plus haute attention à ces événements et que nous suivrons de près le déroulement de laffaire du juge Blackie. [Son] arrestation témoigne dun manque croissant de respect pour la primauté du droit, pour la démocratie et pour les droits de la personne au Zimbabwe. ... [ Traduction ]
... Nous avons retiré tout le financement accordé au gouvernement du Zimbabwe, et les hauts fonctionnaires du gouvernement ne sont pas les bienvenus au Canada. ... [Traduction ]
Récemment, lincarcération dun avocat zimbabwéen en raison de ses efforts pour représenter un photojournaliste qui était détenu et les coups qui lui ont été assénés ont fait lobjet dune autre intervention auprès de Bill Graham et des délégués officiels du gouvernement du Zimbabwe.
Sexprimant sur le rôle critique que joue la CIJ, M. Aaron affirmait : « Jimagine que les magistrats et les avocats et avocates doivent se sentir bien seuls lorsquils sont opprimés, et le simple fait de savoir quun organisme crédible comme la CIJ - Section canadienne - est au courant de leur détresse peut se révéler une source de réconfort et de force. » Originaire de lAfrique du Sud, M. Aaron est issu dune famille davocats actifs sur le plan politique qui a émigré en 1979.
Kenya
Par suite de la participation du juge Robert Sharpe et du président
Ratushny, en tant que membres du groupe consultatif déminents
juristes du Commonwealth, à la procédure de révision
de la constitution et du système judiciaire du Kenya, M.
Aaron a exprimé les préoccupations de la CIJ - Section
canadienne - concernant labus du processus judiciaire et
la corruption du système judiciaire au Kenya. Sa lettre
a suscité une réponse défensive de la part
du juge en chef du Kenya M. Chunga, dans laquelle il écrivait
:
Jaccuse par la présente réception de votre longue lettre du 18 novembre 2002 concernant la procédure de révision de la constitution du Kenya. Je ne comprends pas très bien pourquoi vous avez jugé nécessaire denvoyer copie de cette lettre à toutes ces personnalités . ... [ Traduction ]
Quant aux allégations de corruption du système judiciaire du Kenya... Je refuse, toutefois, de donner suite à de simples prétentions dordre général et je suis surpris que lon veuille faire léloge de tels rapports sans disposer dun iota de preuves à lappui. [ Traduction ]
Deux mois plus tard, Chunga remettait sa démission lorsquun groupe de 17 organisations non gouvernementales ainsi que la Commission des droits de la personne ont fait écho aux préoccupations exprimées par la CIJ et ont accusé les magistrats de « flagornerie pathologique, dincompétence criante et de corruption sans vergogne ».
Bill Graham était du même avis que la CIJ - Section canadienne - en ce qui concerne la perturbation de la procédure de révision de la constitution du Kenya et, en réponse à la lettre de M. Aaron, il a promis que le Canada allait continuer à appuyer les initiatives destinées à assurer la poursuite de la procédure.
Tunisie
Le refoulement de la juge de la Cour fédérale du
Canada, Alice Desjardins, et lobstruction subséquente
par le gouvernement de la Tunisie aux activités denquête
de la CIJ ont fait lobjet dune intervention auprès
de Bill Graham. M. Aaron écrivait :
Le fait que la Tunisie refuse de se prêter à lexamen dexperts internationaux contredit ses affirmations voulant que le pays soit une grande démocratie du monde arabe. Lintégrité de la primauté du droit et lindépendance judiciaire sont gravement ébranlées en Tunisie... Le gouvernement du Canada se doit de protester vigoureusement, non seulement contre la violence odieuse faite à lun de nos plus distingués juristes, mais également contre le comportement général du gouvernement tunisien qui discrédite le pays au sein des nations démocratiques libres. [ Traduction ]
À linstar de la CIJ, dans sa réponse le Ministre a exprimé sa déception à lendroit du gouvernement de la Tunisie et a précisé les efforts diplomatiques du Canada, indiquant notamment que :
...de tels actes ternissent limage de la Tunisie et témoignent dun manque dengagement à légard de la transparence des droits de la personne, de la primauté du droit et de lintégrité judiciaire. Ces préoccupations ont également fait lobjet de discussions avec lambassadeur de la Tunisie à Ottawa. [ Traduction ]
En ce qui concerne son rôle de correspondant, M. Aaron affirme : « Jai le privilège de me faire la voix de la CIJ - Section canadienne - et de lui permettre de faire porter en justice ce quelle considère comme des erreurs. Il est flatteur de constater que nos efforts peuvent contribuer à exercer des pressions sur les autorités et à les responsabiliser pour leurs atteintes à la primauté du droit, à lindépendance judiciaire et aux droits de la personne. »
La version intégrale des textes de la correspondance est disponible sur Internet, à ladresse www.icjcanada.org.
Le Projet régional visant à
appuyer lindépendance et limpartialité
des juges
Maître Caroline Meilleur, directrice
du Projet
En novembre 2002, une délégation de juges composée de la juge Michèle Rivet, de la juge Danielle Grenier, du juge Bill Kelly, du juge Ted Scanlan, du juge Bernard Grenier, de Me Caroline Meilleur et de Me Nicolette Kost DeSèvres, sest rendue en Croatie et en Serbie afin de discuter de la prochaine étape du projet. À lissue de cette mission, on a dressé un plan de travail plus précis et détaillé axé sur deux domaines spécifiques, soit les droits de la personne et le fonctionnement efficace des tribunaux.
Dans le domaine des droits de la personne, le Projet vise à élaborer un programme de formation des instructeurs comprenant une formation intensive destinée à une vingtaine de juges dans chaque pays afin dapprofondir leurs connaissances des questions et problèmes en droit de la personne et dacquérir des méthodes pédagogiques qui les rendront aptes à concevoir et à dispenser à dautres juges des cours sur les droits de la personne. Une conférence nationale organisée par le Projet permettra par la suite à ces juges formés à léchelle locale de partager leurs connaissances et de présenter le modèle qui leur aura été expliqué durant la première phase du Projet. Ce programme vise à créer un modèle de formation permanente qui serait mis à la disposition des juges par lintermédiaire du Centre de formation judiciaire et des tribunaux locaux.
Nous élaborerons un projet pilote dans le domaine du fonctionnement des tribunaux avec 20 à 25 juges assignés à des tribunaux en particulier ou des districts précis tels que déterminés par le Projet. Des sessions de formation porteront sur des mécanismes de résolution des conflits, la gestion des arriérés de causes, ladministration judiciaire et les conférences préparatoires (au procès) axées plus particulièrement sur le développement des compétences des juges. Les juges canadiens participants assureront une supervision continue des progrès réalisés.
En Serbie seulement, un cadre spécifique sera établi pour instituer la médiation comme méthode damélioration de lefficacité des tribunaux. En collaboration étroite avec la Cour suprême de Serbie, le Projet présentera des modèles canadiens de médiation à un groupe central de 10 juges au cours dun séminaire intensif dune semaine. On y discutera également de la possibilité de transférer ces modèles à la Serbie et de la logistique inhérente à ce projet.
Au cours des derniers mois, le Projet visant à appuyer lindépendance et limpartialité des juges dans les pays du sud-est adriatique a travaillé à la mise en place dun nouveau plan de travail tel que défini par CIJ Canada et ses partenaires locaux, à lissue des discussions avec lACDI et fondé sur le rapport préparé par un observateur indépendant.
En janvier 2003, une mission de travail composée de Michèle Rivet et de Me Caroline Meilleur a présenté ce nouveau plan de travail à un vaste auditoire composite impliqué dans la réforme judiciaire dans cette région et a établi en outre une base solide pour assurer la continuité de toutes les activités. Un autre objectif de cette mission consistait à recueillir des renseignements en vue de réussir la mise en uvre des prochaines étapes du Projet. La mission sest terminée avec succès, puisque tous les intervenants se sont engagés envers la prochaine série dactivités.
Dans chaque pays, des groupes de travail ont été formés à titre dinstances consultatives chargées de diriger la programmation de chaque activité. Par lentremise de ces groupes, le Projet pourra superviser le déroulement de la programmation dans les pays visés afin de sassurer quelle respecte les priorités fixées par chaque pays tout au long du Projet.
Événements récemment survenus en Serbie
Nos lecteurs et lectrices savent déjà sans doute
que le premier ministre serbe, M. Zoran Djinjic, a été
assassiné à Belgrade le 12 mars 2003. À la
suite de cet événement tragique, le gouvernement
a déclaré létat durgence. Le
projet avait été à lorigine planifié
en collaboration avec la Cour suprême
de Serbie et sa présidente Mme Leposava Karamarkovic, a
offert un séminaire dune semaine consacré
à la médiation, lequel devait avoir lieu à
Montréal en avril à lintention de 10 juges
serbes. La présidente Karamorkovic était censée
diriger cette délégation, devant comprendre cinq
juges de la Cour suprême.
Suite à lassassinat du premier ministre et de létat durgence déclaré, Me Karamarkovic a été obligée de reporter le séminaire, ce que nous avons immédiatement accepté. La semaine suivante, Mme Karamarkovic a, sous la pression, démissionné de ses fonctions de présidente de la Cour suprême de Serbie. La nouvelle présidente intérimaire est la juge Sonia Bkric qui a depuis longtemps été associée à notre Projet. Elle a dailleurs assisté au séminaire de Montréal en 2002 et elle est actuellement membre de notre groupe de travail.
Nous surveillons de près la situation dans cette région et jusquà maintenant ces événements ne semblent pas avoir menacé lintégrité ni la poursuite du Projet.
Voici la liste de nos prochaines activités :
Du 14 au 21 juin, en Serbie : efficacité des tribunaux
Du 13 au 20 septembre, en Croatie : efficacité des tribunaux
Du 20 au 27 septembre, en Croatie et en Serbie/Montenegro : droits de la personne
Le président participe à la
mission de la CIJ au Swaziland
En janvier 2003, Ed Ratushny, président de la CIJ canadienne,
a participé à une mission de la Commission internationale
de juristes au Royaume du Swaziland afin de recueillir des renseignements
sur le fonctionnement de la magistrature et de la profession juridique
dans ce pays. La délégation de la CIJ a entrepris
certaines de ses activités de concert avec lAssociation
internationale du barreau, qui menait alors elle aussi une mission
au Swaziland. La CIJ était particulièrement préoccupée
par une mesure gouvernementale à leffet de faire
fi de deux décisions rendues par la Cour dappel.
En guise de protestation, les six juges sud-africains qui composaient
la Cour dappel ont donné leur démission.
Des représentantes et représentants swazi ont justifié leur irrespect vis-à-vis de la magistrature en alléguant que les juges de la Cour dappel « avaient été influencés par des forces extérieures au régime swazi et navaient donc pas agi en toute indépendance. »
La mission a examiné les relations existant entre la monarchie et la magistrature au Swaziland, en comparant ce que stipule la loi avec ce qui se pratique dans la réalité. Notre équipe a donc rencontré le premier ministre, le procureur général, et dautres représentants du gouvernement, le juge en chef et dautres membres de la magistrature, des juristes, des universitaires et dautres membres de la société civile en vue dentreprendre une évaluation complète et équitable de létat de la règle de droit dans ce pays. Un rapport de lobservateur de la CIJ renfermant ses conclusions et recommandations sera publié sous peu.
Au sujet de cette mission, le professeur Ratushny fait observer
qu « il existe un conflit entre ceux qui appuient
la règle de droit protégée par une magistrature
indépendante et ceux qui invoquent la tradition pour justifier
leur indifférence à légard
des décisions judiciaires pourtant légitimes. Un
petit groupe semble se fier sur lautorité traditionnelle
du roi afin de mettre en uvre son propre programme. »
Outre le professeur Ratushny, la délégation de la CIJ comprenait George Kanyeihamba, de la Cour suprême de lOuganda, et le professeur Michelo Hansungule, ainsi que Raoul Wallenberg, professeur invité du Centre pour les droits de la personne de luniversité de Pretoria.
Nouvelles de nos members
Création dun projet de justice
internationale
Marcia V.J. Kran
Au début de 2001, je suis déménagée à Budapest, en Hongrie, pour assumer la direction du projet de justice criminelle au Constitutional and Legal Policy Institute (COLPI) de lOpen Society Institute (OSI), un regroupement dinstituts de 30 pays de lex-Union soviétique, de lEurope centrale et de lEst et de certains États de lAfrique et de lAmérique latine. Le réseau, ayant pignon sur rue Budapest et à New York, abrite la fondation philanthropique du milliardaire hongrois George Soros, qui a aussi fondé lUniversité dEurope centrale à Budapest. Les programmes de lOSI couvrent plusieurs secteurs y compris le droit, la santé, léducation, la culture, les droits des femmes et des minorités, et visent létablissement de sociétés ouvertes, ainsi que la promotion des droits de la personne. Jusquà 2003, la programmation juridique régionale émanait principalement de Budapest. Lopportunité de contribuer à une réforme progressiste du droit ma attirée à ce poste en Hongrie.
Conformément à lintérêt de George Soros pour la mondialisation, la portée géographique du programme juridique a été élargie à la fin de 2002 avec la création de lOpen Society Justice Initiative, à New York. Jai dirigé le développement du Programme national de réforme de la justice criminelle, lun des cinq secteurs visés par lOpen Society Justice Initiative. Le programme, tel que conçu, aborde aussi trois thèmes connexes de la justice criminelle qui intéressent la plupart des régions du monde.
Le premier thème, intitulé Increasing Safety, Security and Accountability in Law Enforcement, a pour prémisse le besoin de trouver une solution à linefficacité des autorités policières à protéger le public contre le crime, et limputabilité insuffisante des autorités policières en matière de violations des droits de la personne. Le second thème, intitulé Promoting Alternatives to Pre-trial Detention, traite de la détention arbitraire, injustifiée ou inutile de prévenus, et de lencombrement chronique et de linsalubrité des centres de détention. Le troisième thème, Supporting Legal Aid in Criminal Cases, porte sur linsuffisance davocates et davocats compétents pour les personnes soupçonnées et accusées de crimes, et du besoin de formation juridique.
Après avoir développé la composante justice criminelle de lOpen Society Justice Initiative, et avoir lancé plusieurs de ses projets importants, je suis retournée à Vancouver, où jagis comme consultante dans le cadre de projets de justice internationale comme ceux de lOSI, et ce, pour une variété de clients et de clientes. Ayant été profondément impliquée dans lévolution du nouveau programme de réforme juridique de lOSI, je suis optimiste quant à sa capacité, comme ONG, de susciter des réformes dans des secteurs clés des systèmes de justices dans différents pays. Si vous êtes intéressés, vous pouvez obtenir des renseignements additionnels au sujet de cette organisation et de ses projets à ladresse www.justiceinitiative.org.
Marcia V.J. Kran est une avocate canadienne à Vancouver,
et experte-conseil en réforme juridique et en droits de
la personne sur le plan international. Elle est membre de la Section
canadienne de la CIJ. On peut la joindre à marcia.kran1@chello.at.













